4- Le goût des autres.
Je m’appelle Pierre Langlois.
J’ai 24 ans et je m’inscris au Cours Simon. Je passe une audition devant une salle pleine d’élèves qui sont déjà inscrit au cours et d’autres qui passent l’audition comme moi. (réalité) J’ai économisé de l’argent pour venir à Paris, venant de Province, et le monde m’appartient. J’ai préparé comme on m’a dit une scène, j’ai choisi un monologue de Xavier Durringer assez violent que j’ai déjà joué dans un spectacle et pour lequel j’avais été félicité par mes amis fans présents dans la salle. C’est mon tour, je me lève, je monte sur l’estrade et je commence. Je m’adresse à l’assistance (ça fait partie de la mise en scène) mais ils m’impressionnent. Je m’accroche au regard de Bruno, je ne sais pas encore qu’il s’appelle comme ça, car il a l’air gentil. Il s’en prend plein la gueule puisque mon personnage est violent, et toute la salle rigole. C’est censé être une scène dramatique. Je termine. La directrice me pose quelques questions : « Monsieur Langlois, avez-vous déjà fait du théâtre, monsieur vous êtes très drôle, est ce que vous écrivez ? Oui vous écrivez, alors faites nous un de vos sketches ! Vous n’écrivez pas des sketchs ? Mais qu’écrivez vous alors ? Très bien, vous viendrez me voir dans mon bureau après l’audition. Merci. »
On se retrouve, on est quatre dans le bureau de la directrice, on nous annonce qu’on est bons, que notre niveau de jeu est supérieur aux autres et que nous allons rentrer directement dans la classe sans passer par la case débutant ou vont tous les élèves qui arrivent dans l’école.
Je suis très fier. Je ne me suis pas trompé, j’ai bien fait de partir d’Auxerre ou j’ai grandi, de quitter mes parents inquiets. (semi fiction, je viens de Bordeaux et mes parents étaient effectivement inquiets)
Je démarre les cours, je me retrouve au milieu d’une faune étrange, qu’on appelle les comédiens, ils parlent forts, ils rient, les garçons se font la bise pour se dire bonjour, les filles sont jolies, les garçons pas mal non plus, je suis perdu mais je ne le montre pas. Mickey Rourke n’est pas perdu, il n’a pas peur, il a affronté le diable dans « Angel Heart », donc je n’ai pas peur. En fait je ne suis pas Mickey Rourke, je fais dans mon benne, et je pense plutôt que je suis Bernard Menez vu qu’on m’a demandé d’apprendre deux scènes comiques -puisque j’en suis un - dont le rôle de La Flèche dans « l’avare » et « jean de la lune » et je crois d’ailleurs que Bernard Menez a joué ce rôle mais je n’en suis pas sûr.
Je m’emmerde mollement les mois qui suivent parce qu’en fait je ne monte jamais sur scène. On m’explique que c’est normal, que je viens d’arriver, qu’il faut attendre un peu, c’est la hiérarchie. Et moi je déteste la hiérarchie. Ça m’emmerde la hiérarchie. J’ai envie de taper mes supérieurs. Et en plus je n’aime pas mon professeur. J’ai envie de lui plaire mais je vois que je ne lui plait pas. Je passe des heures après les cours avec mes nouveaux camarades mais je ne suis pas très heureux. On est au bar, on écoute le professeur nous parler de Sacha Guitry, mais moi je m’en fous. Ce n’est pas de Sacha Guitry don j’ai envie qu’on me parle, mais de Maurice Pialat, de Claude Sautet. Heureusement que je suis toujours abonné à Première, le magazine du cinéma, et aussi à Studio magazine. Et que mon nouvel amour s’appelle Virginie Ledoyen. Je suis tombé amoureux d’elle, comme par magie. Je l’ai vu dans « La cérémonie » et dans « Jeanne et le garçon formidable », un titre qui me plait mais ne me demandez pas pourquoi. On a été très heureux pendant un certain temps. Elle n’était pas aussi amoureuse de moi que moi d’elle. C’est la vie. De toute façon, je ne crois pas être fait pour être avec une actrice. Ce n’est pas la première avec qui ça ne se passe pas très bien. Je m’étais déjà cassé les dents sur Sophie Marceau, Valérie Kaprisky, Elodie Bouchez…Donc je m’ennuie ferme dans ce cour de théâtre. Sauf une fois. Parce qu’on me demande de jouer le rôle de Sébastien dans « Château en Suède » de Françoise Sagan. Et même si je ne suis pas très bon dans ce rôle (c’est Bertrand qui me l’a dit), je prend beaucoup de plaisir à dire les mots de Sagan, auteur chérie depuis que j ‘ai découvert ses livres dans la bibliothèque de mes parents. Et puis il a débarqué.
17.10.05
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1 commentaire:
mais qui?
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