13.10.05

1- Meilleur espoir féminin

Je rêvais de devenir comédien. Ou plutôt non, acteur de cinéma. C’est mieux.

Je crois que j’ai pris cette décision le jour ou je suis allé pour la première fois au cinéma, je devais avoir 4 ou 5 ans, et j’ai décidé que je deviendrai ça : une sorte de bête de foire, classe, très belle, aimable. Le pire, c’est que j’y ai cru, et que quelquefois j’y crois encore dans mes moments de faiblesse. Je crois que je peux encore devenir quelqu’un de classe, beau et aimable. C’est relativement triste finalement.
Jj’ai quand même décidé de devenir pendant plusieurs années un apprenti acteur , en rêvant devant les photos de modèles à qui je voulais ressembler. Oui, je voulais aussi ressembler à des actrices. Ce n’est pas grave en soi, mais quand même un peu, c’est pourquoi je le mentionne.

Celui à qui je voulais ressembler le plus, c’était Mickey Rourke. Il était assez beau, un peu violent, il souriait en ayant l’air de dire je vous emmerde, et c’était surtout un grand comédien. Et effectivement je lui ressemblais un peu : j’étais timide, très efféminé, mais, paraît t il – d’après Christine l’esthéticienne chez qui ma mère se faisait épiler- doté d’un regard et d’une couleur d’yeux qui allaient faire fondre toutes les jeunes filles. Donc ravi de cet atout majeur, j’allais peut être pouvoir conquérir le 7ème art et faire craquer les jeunes actrices qui ne tarderaient pas à me trouver irrésistible, comme Christine. Malheureusement je n’avais que 12 ans, et c’était un petit peu tôt. D’autant plus que côté filles, ça ne marchait pas très fort. Quoiqu’à cette époque, j’avais déjà roulé ma première pelle à Virginie S sur « Nothing’s gonna change my love for you » de Glenn Medeiros. C ‘était la bande originale parfaite pour cette première fois. Aussi huilée que la musique de « la boum 2 », quand Pierre Cosso embrassait Sophie Marceau. Sauf que je n’aimais pas Pierre Cosso. Je ne voulais pas être lui. J’étais…Wadeck Stanczack. Il avait un nom original, il tirait la tronche sur les photos, et il était l’amoureux de Béatrice Dalle dans « Chimère ». Donc je voulais être lui, musclé, et tourner dans des films d’auteurs avec André Téchiné. Je savais que c’était un auteur car je l’avais lu dans Première, le magazine du cinéma, et que mes parents peu regardant sur le contenu des films m’avaient permis de regarder « Rendez-vous », film un peu violent sur une jeune fille qui veut devenir comédienne et qui arrive à Paris de sa province. J’ai toujours trouvé ce film romantique. Et moi je suis provincial. Donc le jour ou j’ai embrassé Virginie S, j’étais à la fois Wadeck Stanczack ET Juliette Binoche. Quand je vous disais que j’étais un peu une actrice aussi.

Malgré tout je ne savais pas très bien ce que c’était un acteur. Jusqu’à ce que je fasse du théâtre. Et même après je ne savais pas très bien ce que c’était. Et en fait je ne ressemblais pas du tout à Mickey Rourke. Ma plus grande désillusion concernant ma supposée ressemblance avec lui est arrivé en Angleterre. Mon correspondant anglais, Ben, était gentil et pour me faire plaisir m’avait dit que je lui ressemblait. Mais sa grand mère, folle de Brigitte Bardot et ayant appris que je faisais du théâtre, avait voulu me faire un compliment et elle m’avait dit que je ressemblais à Dustin Hoffman. Je venais de voir « Rain Man ». J’ai pleuré pendant deux jours.

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