21.10.05

11- France Boutique.

J’ai 24 ans et je suis en vacances à Capbreton.

J’achète Libération en allant à la plage. Mon départ pour Paris est prévu dans quelques semaines. Je ne lis que les pages cultures dans Libération. Dans les autres quotidiens aussi. Les problèmes concernant le monde ne me touchent que très rarement. Ce n’est pas que je sois insensible à la douleur des autres, mais je ne suis pas touché quand je la lis, ou quand je la vois à télé. C’est comme ça.
Je tombe sur une petite annonce : « Seca Productions recherche un chroniqueur cinéma pour une nouvelle émission sur le câble. Profil demandé comédien ou journaliste. Envoyer CV, photos et lettre de motivation originale et personnalisée. » C’est ma chance. C’est pour moi. Je suis même prêt à passer les tests de Monsieur Cinéma pour avoir le job. Je suis Pierre Tchernia.
Je suis trop fier. Je vais faire de la télé, je vais parler de cinéma. Après tout, plein de gens ont commencé par faire de la télé avant de faire du cinéma, et puis voilà.

Je n’ai pas de réponse. En tout cas pas dans les semaines qui suivent, ni dans les mois d’après.
Je reçois un an plus tard une lettre de cette même boite de production. Elle arrive chez mes parents. Moi je fais du théâtre à Paris. Mon père m’appelle, je lui dit d’ouvrir la lettre. La réponse disait en gros que l'émission s'était faite (sans moi j'avais remarqué) parce que mon profil ne correspondait pas, mais que ma lettre "personnelle et originale" avait retenue toute son attention et qu'elle espérait que tout se passait bien pour moi. "Elle", c'est Isabelle Heurtaux. Je ne la connais pas . Je sais juste qu’elle était productrice de l’émission. J’imagine que c’est une femme très occupée. Elle prend le temps un an après de me répondre, sans arrières pensées. Juste parce qu’elle a été touchée. C’est peut être à cause d’elle que j’écris ces lignes. Parce que depuis que j’ai décidé de devenir comédien, je n’ai pas eu beaucoup d’encouragements. En tout cas pas spontanés.

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