14.10.05

3- L'éffrontée.

Je suis monté sur scène pour la première fois de ma vie quand j’avais 13 ans.

J’étais en cinquième. J’avais un an de retard car j’étais un peu cancre à l’école primaire et j’avais redoublé mon CM1, grand traumatisme pour moi. Mais il paraît que beaucoup d’acteurs étaient des cancres, ça aussi c’était écrit dans Première, le magazine du cinéma.
Un soir, un camarade de classe me dit de venir avec lui au cour de théâtre parce que je devais attendre mes parents qui étaient en retard pour venir me chercher. Je ne savais même pas qu’il y avait des cours de théâtre dans ce collège de la banlieue bordelaise. Donc j’arrive dans le gymnase ou se déroulait l’atelier, et il y avait une dizaine d’élèves, de la sixième à la troisième qui commençaient à répéter une pièce de Marivaux. Je ne savait pas qui était Marivaux. Je ne savais pas grand chose du reste sur le théâtre. J’avais plus de facilités à retenir tous les noms propres que je lisais dans Première, le magazine du cinéma, que n’importe quelle leçon d’histoire ou de littérature.
Il manquait un groupe de personnes pour jouer les diables qui entouraient dans une scène l’héroïne, et hop, je suis devenu le diable dés mon premier cour de théâtre.
Je n’ai pas de souvenirs précis concernant cette première expérience. Je me souviens juste d’avoir aussi joué le docteur Knock avec Aurélie qui jouait la campagnarde, et d’avoir fait le mec bourré avec Maxime dans une autre scène. C’est tout. Ah non, c’est aussi là que j’ai rencontré Betty, qui 15 ans après est devenue l’une de mes meilleurs amies.
Mais je n’ai aucuns souvenirs concernant le jeu. Je crois que je me suis toujours pris pour un acteur, sauf quand j’étais sur scène.
Et puis j’ai grandi. J’ai eu 15 ans. L’adolescence ingrate avec quelques boutons sur la face, des cheveux longs, et Robert Smith et les Cure en boucle sur mon walk man. Toujours du théâtre, avec un mal être épouvantable qui ne m’a plus jamais quitté, et mon premier premier rôle, dans une pièce qui s’appelait « Ah les cochons ». Trois semaines pour apprendre une pièce avec les chansons et les danses, un costume de cochon rose, et plein de jeunes comédiens sur scène, tous sûrs d’eux, qui me dévisageaient et avec qui je n’arrivais pas à m’intégrer.
Il est important que vous sachiez que je n’ai jamais eu confiance en moi et que je ne m’aime pas beaucoup. Mais j’ai la vanité de péter toujours plus haut que mon cul et de ne jamais montrer que je ne vais pas bien. D’ou le décalage permanent entre ce que je montre et ce que je ressens.
Il était donc impensable pour moi de refuser un premier rôle. Mais je m’égare. Je suis en train de vous raconter mon histoire comme si j’avais été le candidat d’ une émission de télé réalité et qu’on m’avait forcé à raconter mon destin exceptionnel pour faire rentrer de l’argent dans les caisses d’un éditeur qui m’aurait soutenu qu’effectivement j’ai beaucoup de talent. Alors qu’en fait je ne sais pas si j’ai beaucoup de talent. Je n’ai rien fait ou presque et il me prend l’idée de raconter ma vie comme ça, alors que ce n’est pas ce que je voulais faire. Il faudrait mettre des coupons réponses à la fin des livres pour que les lecteurs puissent nous renvoyer tous nos défauts à nous autres, auteurs. Et voilà, je recommence. Maintenant je m’inclue dans la grande famille de la littérature en me traitant d’auteur alors que…C’est pas mal cette idée de coupon réponse. Il faudrait cocher des cases : trop impudique, inconsistant, mal écrit, égocentrisme prononcé…ça éviterait à plein de gens de trop écrire. En même temps je dis ça alors que je lis très peu et uniquement des romans de Françoise Sagan, de Philippe Djian, de Michel Houellebecq, et parfois de Bret Easton Ellis. Après, pour ne pas avoir l’air bête quand on me parle d’auteurs que je n’ai pas lu, je cite les critiques des Inrockuptibles en priant pour que mon interlocuteur n’ai pas lu l’article.
Mais comme je suis égocentrique, je ne vais pas m’arrêter d’écrire pour autant. Même si je ne suis pas connu. Et d’abord je retranscris la vérité. Donc ce n’est pas la vérité. C’est une vérité subjective et je ne dirais que ce j’ai envie de dire. Et du coup, je vais raconter ma vie sans que cela ne soit la mienne. A vous de reconnaître ma vraie vie et ma fausse. Il y aura quelquefois des indications, mais pas toujours. A partit de maintenant, mon nom est Pierre Langlois. Langlois, comme le mec de la cinémathèque. Ça fait plus cinématographique. J’ai 29 ans et je travaille dans le cinéma. Enfin c’est ce que je crois. (fiction)

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