21.10.05

12- Le bûcher des vanités.

Je crois que je suis un gros con.

Ça fait maintenant plusieurs jours que je consigne mes souvenirs dans un ouvrage, mais depuis que j’ai commencé ce travail d’archivage de ma pensée, j’ai l’impression d’être de moins en moins dans la réalité de ma propre existence. Et je trouve ça con d’être obligé d’en passer par là pour pouvoir avancer. Je m’ennuie moi même rien qu’en relisant les quelques notes que j’ai écrit. Narcisse. Je suis un narcisse sans pensée. Je n’arrive même pas à tomber amoureux de moi. Ni de mon image, ni de ce qu’il y a à l’intérieur. Je suis un comédien rempli de tics, qui n’a que les défauts de cette profession. Je suis un acteur qui ne travaille pas. Et qui ne travaillera probablement jamais parce que personne ne peut avoir envie de filmer quelqu’un de vide. Le seul premier rôle que j’ai jamais eu est celui d’un agent en assurance dans un film institutionnel pour les assurances Gan. Ils avaient besoin de quelqu’un de « normal » pour jouer ce rôle. S’ils avaient pu lire dans mes pensées, ils auraient vu que je ne suis pas normal. D’ailleurs ce jour là, je n’étais pas Nicolas Vidal, ni même Pierre Langlois, j’étais Cary Grant. Cary Grant peut tout jouer. Même un assureur. Mais Cary Grant ne peut pas jouer ce rôle inepte avec ce texte horrible qui ne veut rien dire. J’ai beau m’imaginer que le metteur en scène est Howard Hawks, que mon partenaire est Tony Curtis, rien n’y fait, je suis le pire comédien du monde. L’assistant réalisateur est mon meilleur ami. Il est devenu ce jour là mon pire cauchemar. Je le déteste d’avoir agi comme ça avec moi. Je ne pouvais pas jouer une phrase sans qu’il me bombarde d’intentions de jeu que je ne comprenais pas. Il n’est pas au courrant mais c’est à cause de cette journée que je ne peux plus supporter ce métier. Il me fait peur. C’est terrible, c’est un film institutionnel qui m’a évincé de la profession. Je n’aurais même pas eu l’occasion d’être descendu par un critique qui n’aurait pas supporté mon jeu ou par un directeur de casting qui n’aurait pas digéré ma tronche. Non, ce sont les assurances GAN qui ont décidé de mon avenir.

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