
15- Les amitiés maléfiques.
Avant de partir en Amérique, j’ai un rôle de figurant dans un film d’Emmanuel Bourdieu avec Natacha Renier. J’aime bien Natacha Renier.
J’arrive au rendez-vous comme prévu, à 8h30 le matin dans un établissement universitaire. Le film se passe dans le milieu étudiant. Je le sais car Nicolas, un ami, me l’a dit. Il travaille sur la déco du film, mais il ne sera pas sur le tournage, je crois qu’il a été congédié parce qu’il n’y a plus d’argent sur le film. Moi même pour un rôle de figurant je suis payé une misère. En arrivant, je croise Elsa. Elle a l’air sympathique, souriante. Elles est première assistante sur le film, mais je ne le sais pas encore. On échange 2 ou 3 banalités en arrivant sur le plateau. C’est convivial. On me présente à la directrice de casting qui s’occupe des figurants. Elle est jeune. Je sors mon sourire ultra brite jauni par le tabac, après tout elle me proposera peut être du travail plus tard. On me dit comment je dois m’habiller « waouh, il est trop bien ton jean gris, tu l’as trouvé où, ouais c’est nickel comme ça ! » La dernière fois que j’ai fait de la figuration, je suis reparti avec le premier rôle. Et je suis persuadé que ça sera pareil aujourd’hui. Je fais la queue face à Natacha Renier qui joue une bibliothécaire. On me dit d’abord que je dois récupérer un papier sur son bureau pendant la scène. Et puis non ça va pas. Je me retrouve dernier à faire la queue. On ne me verra pas à l’écran. Tout le monde est très gentil. Certains connaissent même mon prénom. J’ai dit que je m’appelais Nicolas aujourd’hui. J’aurais pas du. Du coup je suis frustré, mal à l’aise, et le summum arrive à la pause déjeuner. Je mange seul alors que tout le monde se connaît. Une régisseuse arrive et me regarde. « Excuses moi, (on se tutoie dans le milieu), tu es figurant ? Tu ne devrais pas être là, il y avait un repas spécial pour les figurants, c’est pas normal, en même temps tu ne vas pas recracher ce que tu as mangé maintenant… » Je vais lui coller mon poing sur la gueule à cette conne. Qu’est ce ça peut lui foutre que je mange avec l’équipe, de toute façon je suis tout seul, et puis la bouffe est dégueulasse. Il n’ y a que Natacha qui me regarde un peu, elle est la seule qui me paraisse civilisée, avec le metteur en scène qui est tellement discret que c’en est apaisant. Je sors vite fumer une cigarette parce que l’autre régisseuse, elle s’est posée à côté de moi pour manger. Et j ‘ai envie de lui vomir dans l’assiette.Natacha sors aussi. Je lui souris. Elle me demande mon prénom. Elle est sympa. J’adore les acteurs. Même les plus minables. Ils me touchent. Je comprend pourquoi j’ai voulu faire ce métier. Pour m’aimer un peu. Je n’ose pas lui parler. Lui demander comment elle va. C’est trop difficile. Il aurait fallu que je me transforme en Pierre Langlois. Voilà ce qui se serait passé : « Bonjour Natacha, tu vas bien ? ça se passe bien le tournage ? Moi je viens d’avoir un petit rôle dans le nouveau film de Catherine Breillat, c’était court mais intense, et puis je fais quelques trucs pour la télé. Et toi ? Le nouveau Eugène Green ? Bien. Tu es très cinéma d’auteur quand même… » Voilà comment il aurait abordé Natacha, Pierre. En fait la journée s’est terminée plus tôt que prévu. J’ai bien rigolé l’après midi parce qu’il y avait Jacques Bonnaffé qui faisait le con sur le plateau et puis qu’il est drôle, et je suis rentré chez moi, sûr qu’il fallait que je parte, loin…
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